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07 juillet 2006

Commentaires

GerardS

Monsieur Ishikawa, grand spécialiste de qualité, indique (dans les années 70/80 qu'il a posé la question à Renault "combien d'ouvriers sont passés cadre" et il a été surpris que ces interlocuteurs ne comprennent pas la question et répondent aucun. En effet, il semble qu'un non cadre chez Renault ne puisse espérer qu'un statut au mieux "assimilé cadre". A-t-on des informations à ce sujet? N'est-ce pas curieux pour une entreprise représentée comme un modèle social? C'est un peu hors sujet mais il serait intéressant de remettre en cause ce mythe.

DT

Je ne pense pas que ce soit hors-sujet, au contraire. Renault est une entreprise pleine de paradoxes. Son histoire est marquée par une cassure en son milieu : de 1899 à 1944, elle est dirigée par Louis Renault et elle lui appartient entièrement. Après 1944, elle est nationalisée et donc contrôlée par l’Etat jusqu’à son désengagement progressif depuis une dizaine d’années.

Louis Renault était un autodidacte qui se méfiait des diplômés. Le directeur qui a dirigé le Bureau d’Etudes était un ancien ouvrier qui avait fini par être le bras droit du « patron ». Ainsi, de 1898 à 1944, la réponse faite à Mr Ishikawa ne reflète pas la réalité : la hiérarchie est ouverte de bas en haut. Le paradoxe est que pendant cette période, Louis Renault est un patron « absolu », autoritaire et très opposé aux syndicats ; par conséquent la mobilité hiérarchique ne reflète pas une dimension sociale de l’entreprise, mais seulement la méfiance à l’égard des diplômés.

Après la nationalisation, les choses ont changé. Nommé par l’Etat, Pierre Dreyfus, le nouveau président a multiplié les recrutements externes de cadres dirigeants de telle sorte que paradoxalement, la mobilité hiérarchique a cessé alors que l’entreprise était devenue entre temps cette fameuse « vitrine sociale » de la France.

La « vitrine sociale » est un autre paradoxe. Elle n’a eu de sens que sur le plan politique. Pierre Dreyfus, homme de gauche, a souvent été accusé de cogérer l’entreprise avec les syndicats. De fait, la législation sociale à la Régie était en avance sur le reste du pays (congés payés …). Mais vous avez parfaitement raison ; en ce qui concerne la vie dans l’entreprise et le style de management, nombreux sont les témoignages attestant que les relations internes étaient dures et en totale contradiction avec un quelconque modèle social.

En résumé, modèle social : oui en matière de législation, non en matière de relations et d’organisation du travail.

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